Forêt du Chat de Chester – Pays des Merveilles
Alice s’enfonçait de plus en plus dans la forêt. Elle n’aimait pas du tout ça. Elle savait pertinemment que si le chat s’était trompé, ou pire, s’il lui avait menti, elle ne serait jamais capable de rentrer au château. Et puis, que ferait-elle après avoir retrouvé June ? Cette dernière ne connaissait probablement pas mieux qu’elle le chemin. Elles seraient perdues au beau milieu de l’inconnu, quelle utilité ! La jeune princesse commençait à regretter d’avoir voulu retrouver son amie. Après tout, elle la connaissait à peine. C’était stupide. Elle ne se reconnaissait pas ; d’ordinaire, elle réfléchissait toujours longuement avant d’agir. Et puis, elle avait peur. L’endroit était tout sauf rassurant, à vrai dire. Les arbres sombres semblaient l’observer cruellement. Les rares créatures se cachaient dans les buissons. C’était mort, juste mort.
Alice par arriver sur une sorte de jardin, cependant très différent de celui du château. Une longue table l’occupait, couverte de tasses, de théières, de verres, d’assiettes, pas toujours en bon état, de plats remplis de divers gâteaux et biscuits, et d’autres objets plus insolites, comme des montres, parfois désossées, des chapeaux, etc. Elle était entourée de huit sièges dépareillés. Cependant, personne ne les occupait. Alice s’approcha néanmoins. Elle aperçut une maisonnette au bout du jardin. Elle la rejoignit et toqua à la porte après une seconde d’hésitation. Elle attendit. Personne. Elle colla son oreille au bois et écouta. L’intérieur semblait silencieux. Elle s’apprêtait à abandonner, quand elle entendit soudainement une incroyable cacophonie, qui la fit s’éloigner de la porte de deux pas. Celle-ci s’ouvrit à la volée, probablement grâce à l’action de l’homme qu’elle dévoila. Il était vêtu d’un pantalon, d’une chemise à jabots, d’un longue veste sombre, et d’un immense chapeau. Alice en déduit qu’il s’agissait du Chapelier Fou.
« Euh… Bonjour, excusez-moi mais…
- Une seconde. »
Le Chapelier rentra dans la maison. Alice l’entendit enguirlander quelqu’un, probablement June. Elle l’espérait. A moins qu’il n’y ait quelqu’un d’autre dans la maison. Elle n’en savait rien. Puis l’homme revint, tenant un lièvre par les oreilles. Il l’envoya dans la pelouse, lui ordonnant de s’en aller. L’animal le regarda avec la tête d’un enfant coupable. Le Chapelier ne se laissa pas démonter et attendit, les bras croisés, jusqu’à ce qu’il se décide à détaler.
« Ce Lièvre de Mars… Bien, que puis-je pour vous, jeune fille ?
- Euh… Eh bien je cherche quelqu’un…
- Et qu’est-ce qui vous fait croire que ce quelqu’un est ici ?
- Le chat de Chester me l’a dit.
- Le chat de Chester ? Mais il est complètement fou ! rit-il.
- Vous aussi.
- Quelle heure est-il ?
- Je n’en sais rien. Mais il y a des montres sur la table, si vous tenez tant à le savoir. »
A ces mots, le Chapelier bouscula Alice et se précipita vers la table. Il se jeta sur une montre, comme si sa vie en dépendait.
« Il est quatre heures moins le quart ! »
Il saisit ensuite une autre montre, à sa droite.
« Non, six heures et douze minutes ! »
Une autre.
« Dix heures et demie !
-ARRÊTEZ ! » s’écria Alice, alors qu’il cherchait une nouvelle montre.
« Pourquoi cela ?
- Ne voyez-vous pas qu’aucune d’entre elles ne vous donne la véritable heure ?
- Eh bien… A vrai dire, le temps me boude, alors il s’est arrêté…
- Pardon ?! Mais vous êtes totalement fou ! »
Il ne répondit pas est s’assit sur le plus grand des sièges, couvert de velours rouge, aux allures de trône. Il semblait abattu.
« Je vous en prie, pourriez-vous me dire si mon amie est ici ?
- Quel est son nom ?
- June.
- Elle est à l’intérieur. »
Il ne semblait cependant pas décidé à l’accompagner. Alice entra donc dans la maisonnette. Elle était constituée d’une seule mais grande pièce, où régnait un capharnaüm encore plus impressionnant que celui de la table. Et au milieu, assise sur un lit, tête baissée, il y avait June. Alice s’approcha d’elle et s’assit à ses côtés.
« Oh. Tu m’as retrouvée.
- Oui.
- Pourquoi tu m’as suivie ?
- Euh… Pour m’excuser.
- T’excuser ? Mais tu n’as rien fait.
- Oui mais je crois que tu as mal pris le fait que…
- N’importe qui aurait réagi de cette façon.
- Mais pourquoi ?
- Mais enfin, qui aime la Reine, ici ?
- Euh… Eh bien, vous le devez…
- … Sinon, elle nous coupera la tête, je sais. Mais comment supporter cela ?
- C’est vraiment si horrible ?
- Tu n’imagines pas à quel point…
- Oh… Et… Qu’est-ce que tu vas faire maintenant ? Tu habites où ?
- Moi ? Ici.
- C’est pas vrai.
- Mais si !
- Pourquoi essayes-tu de me faire croire ça ? Je vois bien que ce n’est pas possible.
- Mais si, ça l’est.
- June…
- Bon, très bien, tu as raison ! soupira-t-elle. Je n’habite pas ici. Le Chapelier est un cousin de ma mère. Mes parents sont morts quand j’avais huit ans. Je lui rends souvent visite quand je m’ennuie ou quand je me sens seule. Tu es contente ?
- Oh euh… Excuse-moi.
- C’est pas grave. Tu ne le savais pas.
- Mais où habites-tu alors ?
- Pourquoi est-ce que tu tiens tant à le savoir ?
- Simple curiosité.
- Alors il n’est pas nécessaire que tu le saches.
- Pourquoi ne veux-tu pas me le dire ? »
June ne répondit pas. Elle se contenta de fixer le sol, visiblement perdue dans ses pensées. Elle jouait avec une mèche de ses cheveux, tandis qu’à l’extérieur, le Chapelier continuait à énoncer l’heure qu’il trouvait sur chaque montre. Puis elle se leva.
« Bon, je vais partir. Tu as l’intention de rester ici ?
- Euh… Non. »
Alice se leva à son tour. Elle s’apprêtait à proposer à June de venir au château ; mais celle-ci tourna les talons avant qu’elle n’en ait eu le temps, et sortit de la maisonnette.
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